Souvenir d’André Sempoux (1935-2019) Prix Italiques 2007

André Sempoux, professeur, poète et écrivain, est décédé ce 6 juillet 2019, après une longue maladie qu’il a supportée avec beaucoup de courage. Il était né le 31 octobre 1935 à Bruxelles.

Après une thèse de doctorat à l’Université de Liège (Belgique) consacrée à la poésie de Giuseppe Ungaretti, suivie d’un séjour à l’Academia Belgica à Rome, André Sempoux est chargé de cours aux Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix (Namur) et Saint-Louis (Bruxelles). Il se voit attribuer en 1966 la Chaire de langue, de culture et de littérature italiennes au Département d’études romanes de la Faculté de Philosophie, arts et lettres de l’Université de Louvain, où il fonde le Centro di Studi italiani. Il fait de l’italianistique une vraie discipline. Non une doxa, ou un apprentissage purement linguistique, mais la transmission de l’amour d’une langue, d’une littérature, d’une musique. Ses étudiants appréciaient la haute qualité scientifique de ses cours, ainsi que la générosité avec laquelle il considérait chacun d’eux. Ils se souviennent avec admiration et émotion de ses cours sur la poésie de Dante ou sur l’œuvre d’Antonio Tabucchi. Son Histoire de la littérature italienne – Prima che passin mill’anni : una storia della letteratura italiana (1996) – est un opus synthétique et pédagogique lumineux. Il a aussi mené, avec ses doctorants, des recherches sur la langue et l’expérience des immigrés italiens de Belgique.

Au romancier Giorgio Bassani, dont il est l’un des spécialistes les plus réputés à travers le monde, le professeur André Sempoux a consacré de nombreuses publications scientifiques ainsi qu’un colloque en 1981, à Louvain-la-Neuve, en présence de l’auteur du Jardin des Finzi-Contini. Il a aussi accueilli à l’Université Vittore Branca, Tullio De Mauro, Antonio Tabucchi. Il est l’auteur de nombreux travaux scientifiques et d’articles polémiques. Ses publications universitaires (littératures italienne et belge de langue française, notamment) ont été répertoriées dans Passions italiennes, pour André Sempoux, volume d’hommage dû à ses doctorants (Van Balberghe, 2000).

En 2007, il reçoit le Prix Italiques pour ses nombreux travaux sur la langue, la littérature, la culture et la société italiennes.

Il est détenteur de la décoration de « Commendatore dell’Ordine al Merito della Repubblica Italiana ».

André Sempoux recevant le Prix Italiques
(Bruxelles, Atomium, 6 octobre 2007)
© A.Piemme/AML

Spécialiste de la littérature et de la culture italiennes, il est entré lui-même en littérature en publiant des recueils de poèmes, des nouvelles et des romans, qui ont recueilli les éloges de la critique. L’Aubier est un chef-d’œuvre de la poésie brève. Une partie de ses soixante-deux nouvelles et récits est rassemblée dans le recueil : Moi aussi je suis peintre (collection Espace Nord). Quatre autres recueils de nouvelles et deux romans brefs, épuisés, seront republiés sous peu.

Dans toute l’œuvre de fiction, le contraste, favorisé par l’écriture brève, entre le rythme rapide de la narration et la densité de prenantes évocations poétiques caractérise l’art d’un maître du suspense. Les nouvelles aux chutes surprenantes et les romans intimement marqués par l’Histoire ne cessent d’être habités par le souffle libéré du poème. L’inspiration puisée dans les arts visuels accompagne souvent l’écriture d’André Sempoux.

Cette œuvre aux multiples facettes s’est bâtie dans les échanges et le dialogue entre les cultures (la Belgique et l’Italie, singulièrement), les engagements solidaires, les compagnonnages et les amitiés solides. Citons entre autres le roman Torquato (2012), récit du road movie qu’un intellectuel touché par les restructurations entreprend sur les parcours de son idole, Le Tasse, poète qui a eu à souffrir des tyrannies politico-religieuses du XVIe siècle. L’inattendu naîtra du croisement de leurs deux destinées. Ici comme dans ses récits et nouvelles, l’invention narrative du créateur se double de la rigueur du chercheur, qualités qu’il épingle de la formule élégante « inventer juste ».

En 1995, il reçoit le Prix Sander Pierron, de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, pour ses nouvelles publiées jusqu’alors. En 2010, le Prix Alix Charlier-Anciaux, de l’Académie, lui est décerné pour l’ensemble de son œuvre de fiction.

On peut consulter le Fonds André Sempoux au 3e étage de la Bibliothèque Royale, qui abrite les Archives et Musée de la littérature (bibliothèque et centre de recherche et de documentation littéraires de la Communauté française de Belgique). Ce Fonds recense la bibliographie scientifique du Professeur André Sempoux, notamment ses très nombreuses publications scientifiques. Il contient aussi la bibliographie complète de l’œuvre littéraire, l’accueil critique, de même que les lettres d’écrivains et d’amis reçues à l’occasion de la publication de ses livres.

Ginette Michaux

 

Il avait publié dans notre volume anniversaire:

• « Destin mouvementé d’une petite licorne », Vingt ans en ‘Italiques’ / Vent’anni di ‘Italiques’, Roma, Aracne, 2017, pag. 201-203. DOI: 10.4399/978882550774438

La licorne de la Bible de Borso d’Este, Musée de Modène
© Beni culturali

 

Lire

• « Jazz au Travers »,  version remaniée publiée dans Passé Simple (2014, épuisé)  du texte paru une première fois dans Moi aussi je suis peintre (Labor, « Espace Nord », 1999).

 

Et sur André Sempoux

« André Sempoux s’est éteint, et un peu d’Italie avec lui », par Daniel Laroche, ActuaLitté, 13 juillet 2019.

André Sempoux : l’écrivain, le critique, l’italianiste, Exposition, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, Bibliothèque royale (13 décembre 2016—10 mars 2017).

André Sempoux – L’écrit bref : comme givre au soleil, par Ginette Michaux, Professeur émérite en lettres françaises de l’université de Louvain, Avin, Éditions Luce Wilquin, 2016.

Passions italiennes pour André Sempoux, par Alberte STERCK-SPINETTE, Marie-France RENARD, Beatrice BARBAL, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, 2000.